LA HONTE 
Texte de François Hien
Ce texte a été sélectionné par le comité de lecture "A mots découverts", qui en a donné lecture à la SACD le 28 mars 2019.
Texte coup de coeur du Comité de lecture du Théâtre de la Tête-Noire, à Saran (scène conventionnée pour les écritures contemporaines).
Dans ce cadre, lecture et mise en espace du texte par Patrice Douchet le 14 février 2020, à Saran, suivi d'un débat entre le public et l'auteur le 15 février.
 
Le metteur en scène Jean-Christophe Blondel (compagnie Divine Comédie) créera le texte en 2020-2021.
Distribution : John Arnold, Solène Cizeron, Malou Rivoallan, Pauline Sales, Maxime Tshibangu
Mise en scène Jean-Christophe Blondel assisté de Roxane Driay, dramaturgie Christèle Barbier
Dossier de présentation : http://www.compagniedivinecomedie.com/lahonte/documents/dossier.pdf
Lecture publique le 18 novembre, à 15h30, au théâtre Belleville, Paris.
Lecture-spectacle le 4 mai 2020 à la Comédie Poitou-Charentes, Poitiers.

Un professeur d'université d'une cinquantaine d'années, Louis Storck, couche un soir avec une de ses doctorantes, Géraldine Ruben, venue à son domicile lui poser des questions sur l'avancement de sa thèse.

Après quelques semaines, Géraldine Ruben signale le comportement du professeur à l'université.

Une commission d'instruction est constituée. Deux professeurs en sont membres : Mathieu Luziro et Clémence Grisou, qui est une amie de longue date du professeur Storck.

L'affaire a fait du bruit sur le campus, la commission est accusée de partialité. Aussi est-il décidé d'en rendre les auditions publiques.

La honte suit les travaux de cette commission, qui auditionne séparément le professeur et son étudiante.

Peu à peu, nous comprenons que les quatre personnages entretiennent entre eux des relations que nous ne soupçonnions pas tout d'abord.

 

L'affaire Weinstein a permis de faire la lumière sur bien des cas de harcèlement ou d'agression. Mais il est des situations plus délicates, dont la qualification comme agression est récente. Une certaine configuration établit le désir de l'homme comme souverain, celui de la femme comme vassal ; certaines femmes se retrouvent à faire des choses dont elles n'avaient pas le désir, alors même qu'il n'y a pas eu de contrainte évidente. La révélation des contraintes plus subtiles qui conduisent à ce type de situation est, pour certaines personnes, une sorte de traversée du miroir. La honte raconte un tel mouvement de révélation. Elle le fait en épousant les sinuosités d'une recherche collective, à la faveur des auditions publiques d'une commission disciplinaire.

 

La pièce commence par une scène éminemment polysémique, la fameuse soirée entre Louis Storck et Géraldine Ruben. Cette soirée, nous l'aurons tous vue. Mais sommes-nous bien certains d'avoir vu la même chose ? Les scènes suivantes – les auditions de la commission – seront une sorte d'enquête sur la scène de départ, essayant d'en dégager une vérité. Cette vérité sera nécessairement la victoire d'un camp contre un autre. Au sein de la commission, deux tendances – représentées chacune par un professeur – tentent de faire triompher leur interprétation.

Le public est impliqué dans la pièce. D'abord en tant que témoin de la scène originelle. Puis, dans les scènes suivantes, il figure le public de l'université, venu assister aux travaux de la commission. Les comédiens s'adressent au public, identifient en son sein des tendances (un coin de la salle est présumé occupé par les étudiants favorables à Géraldine Ruben, un autre regroupe des professeurs venus soutenir Louis Storck). Ce public influe de manière diverse sur le contenu du discours des personnages.

Pièce de procès, volontairement longue, La honte est un récit performatif au cours duquel les personnages, par une sorte d'auto-mise en scène en public, vont dénouer d'anciennes tensions.

 

Cette situation à laquelle personne n’est préparé (juger n’est pas le métier de ces professeurs) conduit les personnages (et nous avec eux) à formuler la subjectivité inséparable de tout jugement, à révéler des jeux de domination qui s’appuient sur les strates anciennes et les angles morts de nos intimités culturelles, et – peut-être – à remettre en cause les règles de ces jeux.